Oui au respect de la légalité !

 


La manifestation appelée par la coalition Yewwi Askan Wi ce vendredi 17 juin et qui devrait se tenir à Dakar à la Place de la Nation, ex Place de l’Obélisque, a été interdite par le préfet de Dakar. Pour motifs de troubles à l’ordre public et violation de l’article L. 61 du code électoral qui interdit « toute propagande déguisée» à l’approche de la campagne électorale.

Ces motifs avancés par le préfet de Dakar dans son arrêté en date du 15 juin ne peuvent cependant justifier l’interdiction de la manifestation.

Premièrement, la liberté de manifestation  est une liberté constitutionnelle. Donc aucune autre loi ne peut l’interdire. C’est juste la tenue et les conditions de la tenue de la manifestation qui doit être étudié. D’où la lettre d’information adressée à l’autorité avant le jour-j afin de lui permettre de prendre les dispositions nécessaires.

Deuxièmement, la liberté est consolidée par la n°7802 du 29 janvier 1978sur les libertés de réunions qui évoque le seul motif de menace de troubles à l’ordre public ne peut interdire la manifestation. Cette mesure doit obligatoirement être accompagnée d’un déficit d’effectifs pour couvrir la manifestation. Ces deux motifs sont cumulatifs et non alternatifs. Donc Ni la menace de troubles à l’ordre public à elle seule, ni le manque d’effectifs à lui seul, ne peut interdire un rassemblement.

Troisièmement, le second motif de non autorisation de la manifestation de Yewi Askan Wi a été la « violation de l’article L. 61 du code électoral. Cet article interdit toute « propagande déguisée ayant pour support les médias» à un mois du démarrage de la campagne électorale. Or, l’autorité préfectorale ne dispose pas la prérogative de déceler une violation ou non de cette disposition du code électoral. Car n’étant pas habilité.

L’expression « menace de troubles à l’ordre public » a toujours été un motif –souvent infondé- pour l’autorité d’interdire un rassemblement. Surtout quand celui-ci émane du camp adverse. Le préfet de Dakar, pour s’opposer à la manifestation  prévue par la coalition Yewi Askan Wi avance ce concept fourretout qui peut s’appliquer aux contextes les plus éloignés.

N’a –t-on pas vu un Abdoulaye Diouf Sarr faire un « dox mboxu » à quelques semaines des élections locales, alors que ce dernier est en lice pour la compétition à la mairie de Dakar. Qu’en-est-il de son frère de coalition Amadou Ba qui se balader dans les rues de Dakar avec ses partisans sans pour autant que ce même préfet ne daigne le doigt. S’il a suffi qu’un Barthélémy Dias, membre du camp adverse, entame une marche à Dakar pour qu’il soit arrêté pour « troubles à l’ordre public » et participation à une manifestation non autorisée.

Certains diront que le contexte politique ne permet pas la tenue d’une manifestation, vu que le pays se dirige vers des élections. Toutefois, au vu des nombreuses violations des droits de l’homme et des libertés dans notre pays, force est de reconnaitre que la manifestation de Yewi Askan Wi est un appel à un droit constitutionnel, un principe démocratique : celle de résister face au respect des lois fondamentales

Nous avons intérêt, tous, à ce que l’administration sénégalaise ne devienne pas la béquille qui permet de marcher sur des opposants. Ni cette arme pour tuer politiquement des adversaires.

Yewwi est bien dans son droit. Dans son bon droit !

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