Salon de coiffure au Campus Social de l’UCAD

Les Etudiants se font rasés par leur camarade

Pour refaire sa barbe, redessiner ses contours, bénéficier d’un rasé ou s’offrir un dégradé, les étudiants ne sortent pas du campus. C’est au niveau du rez-de-chaussée du pavillon V à côté du stade de l’université que le salon de coiffure est installé. Et c’est en accord avec l’autorité régissant les activités au sein du campus social.

 « C’est la première fois que je viens me raser ici, Je suis très satisfait et je compte d’ailleurs revenir » déclare tout sourire Bassirou  Mbodj. C’est un dégradé deux tons que viens de recevoir cet étudiant en première année à la faculté de Droit pour un coût de 500f dans un salon pas comme les autres. Ici, cheveux et éponges, lames et rasoirs, bouteilles vides de parfum et de gel, tout est par terre : c’est le salon de coiffure du campus social de l’université cheikh Anta Diop de Dakar installé quasiment en plein air.

Sous le chaud soleil de 13h, derrière le pavillon V et en face des femmes qui font le linge, une dizaine de coiffeurs s’attèlent à embellir les têtes des clients dans un espace à la toiture en zinc, entièrement carrelé en surface et couvert de miroir à mi-hauteur. « Sawaay dangay wattu » (êtes-vous venus vous coiffer ?) est l’expression fétiche employée par les concurrents d’un moment pour dénicher des clients dès que ces derniers s’approchent des lieux tel un racoleur à la recherche de passagers.

 Mais pour parler de leur métier, difficile de trouver des interlocuteurs. En pleine discussion avec ses collègues sur le vol du portable de Kalidou Koulibaly au Palais de la République, Malick, un des rares coiffeurs qui a accepté de se prononcer déclare : « Nous avons tenu une réunion au cours de laquelle nous avons décidé de ne pas répondre aux interrogations des journalistes, peu importe les circonstances ». La seule personne habilitée à parler au nom du groupe, s’occupe d’un client. Sur la vingtaine de chaises servant de siège d’accueil aux étudiants, Assane, chemise fleurette, la tête baissée, assis sur un banc, mine épuisée par l’attente alors qu’il ya des coiffeurs de libre, explique sa patience par le fait qu’il attend son coiffeur préféré. Ce dernier du nom de Babacar Koné, tête entièrement rasée, est le doyen et porte-parole du collectif. « La majeur partie des gens qui travaillent ici sont des étudiants ou des anciens de l’université qui peinent à trouver du travail » explique-t-il en retrait. Koné comme on l’appelle, ajoute qu’ils sont actuellement au nombre de 30, avec une liste d’attente de 36 étudiants qui voudraient intégrer. L’homme au teint clair confie par la suite que les coiffeurs gagnent minimum 2500 à 3000f par jour ; une somme qui leur permet de régler leurs besoins du quotidien et parfois de payer une formation professionnelle dans une école privée.  Bedonnant, de grande taille et embrassant la quarantaine, Koné se désole tout de même du tarif qu’il juge trop bas car variant de 100f à 500f. Un point de vue non partagé par certains étudiants à l’image d’El hadj Kéba Sy qui estiment que le prix est abordable. Pour cet étudiant à la Faculté des lettres et Sciences Humaines, au-delà du service, se coiffer dans ce salon est une marque de solidarité « Ils ne sont pas au top mais je viens ici parce que ce sont des camarades étudiants, il faut que l’on se soutienne entre nous » déclare-t-il.

Entre « étudiants-coiffeurs » et « étudiants-clients », le service est permanent car le coucher du soleil ne marque pas synonyme d’arrêt des activités. Tant qu’il y a des clients le travail, il y’a des coiffeurs.

 

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