Elections locales: Barthélémy Dias, 15e Maire de Dakar depuis Blaise Diagne

 

Barthélémy Dias lors d'un meeting à Dakar


Texte: Le Press-écriteur avec Les Cahiers de l’Alternance


Après Saint-Louis et Rufisque, Gorée et Dakar sont érigés en commune en 1887. Cette érection permet aux habitants de ces quatre villes de réjouir le statut de citoyen. Depuis lors, différentes personnes ont eu à diriger Dakar dont le premier fut Alexandre Jean. Cependant, Il aura fallu attendre jusqu’en 1920 pour voir le premier Maire « autochtone » de Dakar, en la personne de Blaise Diagne. Et depuis lors, Dakar a toujours été la mère des batailles dans la conquête des collectivités territoriales. 

 L’élection de Barthélémy Dias ce 23 janvier nous permet de passer en revue la biographie de quelques Maires successifs à la Capitale Sénégalaise depuis 1920. 

 Blaise Diagne, premier maire autochtone
Né Galaye Mbaye Diagne en 1872 à Gorée et décédé en 1934 en France, il fut le premier député noir à siéger au palais Bourbon. Blaise Diagne est élu député en bénéficiant du statut de citoyen français, qui était appliqué d’alors dans quatre commune du Sénégal (Saint-Louis, Rufisque, Gorée et Dakar). Il fut également le premier africain sous-secrétaire d’Etat aux colonies. En janvier 1918, il est promu commissaire général, avec comme mission de convaincre les habitant de l’AOF et l’AEF de se battre pour la France. Ainsi, de 1920 à 1924, puis de 1924 à 1934, ce natif de Gorée est devenu le premier Maire autochtone de la ville de Dakar. 
À sa mort en 1934, il est remplacé par Armand Angrand, entrepreneur et homme d’affaire. 

 Après le départ de Blaise Diagne, les « Toubab » reprennent le pouvoir à Dakar avec Armand Angrand comme intérimaire et Alfred Goux de 1935 à 1945, avec une interruption entre 1939 et 1943. Alfred Goux fut également le dernier Maire « Toubab » de la capitale sénégalaise. 

 Lamine Gueye, Dakar puis Saint-Louis 
 Après son adhésion à la Section Française de l’Internationale Ouvrière en 1923, Lamine Guèye devient en 1925 maire de Saint-Louis. C’est en 1945 qu’il est élu Maire de Dakar. Une fonction qu’il occupe jusqu’en 1961. Le natif de Médine, l’ancien soudan français dispose d’un palmarès hors du commun : Maire de Saint-Louis (1925-1927) et de Dakar (1945-1961), sous-Secrétaire d’Etat à la Présidence du Conseil (1946-1947), député du Sénégal au Palais Bourbon (1945-1951), Sénateur de la Communauté (1958-1959), premier Président de l’Assemblée Nationale du Sénégal (1961-1968), maitre Amadou Lamine Guèye fut un véritable homme d’Etat, témoin de son temps 

 Joseph Gomis, premier maire post-indépendance 
Enseignant de profession, Joseph Gomis a particulièrement marqué l’histoire en devenant le premier Maire de la ville de Dakar au lendemain des indépendances. Il resta à la tête de la municipalité de 1961 à 1964. Joseph Gomis fut aussi un grand acteur du football sénégalais il a été notamment président de la Fédération Sénégalaise de Football de 1960 à 1965. 

 Samba Guèye, le populaire 
En 1964, on assiste à la l’arrivée de Samba Guèye à la tété de municipalité de Dakar où il passa pendant quatorze ans c’est-à-dire de 1964 à 1978. Né à Conakry, membre de l’Union Progressiste Sénégalais, le pouvoir de Senghor a affronté pas mal de crises durant son mandat, notamment celle de 1968 animée en majorité par des étudiants. Il fut l’un des maires les plus populaire de la ville de Dakar du fait de sa durée à la tête de la capitale mais également aux différentes crises que Dakar a vécu pendant son temps. 

 Lamine Diack, Le sportif 
 En 1978, Dakar fut dirigé par un Sportif en l’occurrence Lamine Diack. Il a eu à occuper plusieurs postes de haute responsabilité dans le monde sportifs notamment celui de Président de la Fédération Internationale d’Athlétisme de 1999 jusqu’en 2015. Mais aussi directeur sportif de l’équipe sénégalaise de Football. Après avoir été retenu en France pendant des années pour une affaire de corruption, l’ancien patron de l’athlétisme mondial rentre au Sénégal en mai 2021 et décède en décembre 2021.

 Amadou Clédor Sall : Un fidèle à Senghor 
 Véritable homme d’Etat, Amadou Clédor Sall a été plusieurs fois ministre sous la présidence de Senghor. Nommé Maire de Dakar en 1979, c’est sous son mandat que la commune est dissoute après la réforme administrative de 1983. 

 Mamadou Diop dit « Diop le maire » 
Plus souvent appelé « Diop le maire », Mamadou Diop arrive à la tête de la municipalité de Dakar sous la bannière du Parti Socialiste. C’est le maire qui détient le record de longévité de maire de Dakar : de 1984 à 2002 D’abord officier de gendarmerie, magistrat, avocat général à la Cour suprême, secrétaire générale de la présidence et ministre à plusieurs reprises, Mamadou Diop, maire légendaire de la ville de Dakar et pilier de l’histoire politique du Sénégal disparait le 26 mars 2018. 

 Pape Diop, le maire libéral 
 Ancien du Parti Démocratique Sénégalais, Pape Diop est aujourd’hui le patron du parti Bokk Gis-Gis. En 2001, il démission de son poste de député pour répondre « surement » à l’appel de son directeur de campagne pour conquérir la capitale du Sénégal et/ou la présidence du Sénat. Après l’arrivée d’Abdoulaye Wade au pouvoir en 2000, Pape Diop parvient à gagner contre Mamadou Diop les élections municipales de 2002. En 2002, il devient président de l’assemblée nationale, poste qu’il occupa jusqu’en 2007. Et en 2009, contre toute attente, il est battu par Khalifa Sall lors des élections locales municipales. 

 Khalifa Ababacar Sall : Le retour des socialistes 

 En 2009, on assiste au retour des socialistes à la tête de la ville de Dakar. Khalifa Ababacar Sall vient de battre le maire libéral Pape Diop. Il devient ainsi le dix-neuvième Maire de l’histoire de Dakar. Fin connaisseur de la vie politique sénégalais en général et de celle des municipalités en particulier, l’ancien socialiste a été adjoint de maire de 1984 à 2000. Deux fois ministre dans les derniers instants du parti socialiste au pouvoir, il devient député en 2001. Et en 2009, il est élu maire de Dakar sous la bannière de la coalition de l’opposition Benno Siggil Senegaal. Il rempile en 2015 avec sa coalition Taxawu Dakar, en battant notamment l’ancien premier ministre Aminata Touré. 
 Soham El Wardini : après la révocation de Khalifa Sall suite à sa condamnation en appel à 5ans de prison ferme dans l’affaire dite de la caisse de Dakar, il est remplacé en septembre 2018 par sa première adjointe Soham El Wardini, à l’issu d’un vote interne. Elle occupe ce poste jusqu’à la veille des élections locales de ce mois courant.

 Et Barthélémy Dias, la rupture 

 Et le Dimanche 23 janvier, Dakar vient d’élire son vingtième Maire en la personne de Barthélémy Dias, précédemment édile de la commune de Mermoz-Sacré-Cœur. Il succède ainsi à Soham El Wardini, maire intérimaire depuis 2018. Considéré comme l’un des symboles de rupture incarnée par l’opposition, Barthélémy Dias a toujours été ce fantôme qui hante le sommeil du pouvoir. Ces sorties osées avec ses collègues de l’opposition, notamment sur les plateaux de télévision et dans les rues de Dakar montrent à suffisance que l’ancien maire de Mermoz-Sacré-Cœur n’est pas ces politiques qu’il ne faut pas prendre par-dessus les épaules. 

 Pour rappel, Barthélémy Dias affrontait lors de ce scrutin cinq autres candidats. Il s’agit d’Abdoulaye Diouf Sarr, maire sortant de Yoff et candidat de la coalition au pouvoir Benno Bokk Yaakar, de Doudou Wade, investi par le PDS et Wallu Sénégal, de la mairesse sortante Soham El Wardini sous la bannière de Bunt bi et de Mame Mbaye Niang de Horizon Sénégal 2035 et de l’ancien édile de Dakar Pape Diop. Cette victoire permet à la coalition Yéwi Askan Wi dont Barthélémy Dias est membre, de bien se positionner pour les prochaines échéances électorales notamment celle de la présidentielle de 2024. 

 Barthélémy Dias devient ainsi le 21eme maire de l'histoire de la municipalité de Dakar et le 15e depuis Blaise Diagne, premier maire autochtone de la ville de Dakar. 

 Le Press-écriteur avec Les Cahiers de l’Alternance

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