Décès à Bamako de l’ancien président de la République du Mali Ibrahim Boubacar Keita
Déchu le 18 Août 2020 par un coup d’état militaire, Ibrahim Boubacar Keita, plus connu sous le nom d’IBK vient de tirer sa révérence, informe sa famille. Une nouvelle qui tombe un jour après une mémorable manifestation à Bamako en vue de dénoncer les sanctions prises par la CEDEAO et l’UEMOA afin de sanctionner le pays dirigé depuis quelques mois par Assimi Goïta, l’un des principaux auteurs du renversement du défunt président.
Né le 29 janvier 1945 à Koutiala (Bamako), Ibrahim Boubacar Keita est un homme d'État malien, président de la République de 2013 à Août 2020. Avant d’accéder à la magistrature suprême du Mali, IBK a eu à occuper divers postes de haute responsabilité aussi bien politique que professionnelle.
Un Président cultivé, avec une carrière professionnelle et politique exceptionnelle
Après des études secondaires au lycée Askia-Mohamed de Bamako et au lycée Janson-de-Sailly à Paris, Il s’inscrit à la faculté des lettres de l’université de Dakar (aujourd’hui Université Cheikh Anta Diop de Dakar, puis à l’université Panthéon-Sorbonne et à l’Institut d'histoire des relations internationales contemporaines (IHRIC), rattaché auprès de la même université. Il est titulaire d’une maîtrise d’histoire et d’un diplôme d'études approfondies en politique et relations internationales.
Après ses formations, Ibrahim Boubacar Keita entame une riche carrière professionnelle qui le mènera jusqu’à Koulouba en 2013, le palais présidentiel.
Il est chargé de recherche au CNRS (Centre National de Recherche Scientifique) en France et enseigne les systèmes politiques du tiers monde au centre Pierre-Mendès-France, annexe de l'université Paris-1 Panthéon-Sorbonne.
De retour au Mali, il devient conseiller technique principal du Fonds européen de développement (FED), chargé de la mise en œuvre du premier programme de microréalisations par la Communauté économique européenne au Mali. Il est ensuite directeur-représentant de Terre des Hommes France (TDHF), ONG française et internationale pour le Mali, le Burkina Faso et le Niger.
C’est ainsi que l’enfant de Koutiala décide d’embrasser une carrière politique qui le mènera jusqu’à Koulouba.
Le 30 juillet 2002, IBK atterri au perchoir de l’assemblée nationale du Mali après la victoire de son parti qui obtient le plus de sièges au Parlement, lors élections législatives de la même année. Poste qu’il occupa jusqu’au 3 septembre 2007). Il est également chef de gouvernement sous la présidence d’Alpha Oumar Konaré 4 février 1994 – 14 février 2000. IBK rend le tablier après avoir échouer à imposer sa candidature pour succéder à Alpha Oumar Konaré.
Candidat à l’élection présidentielle de 2002, Ibrahim Boubacar Keïta obtient 21,0 % des suffrages exprimés, au premier tour. Il arrive en troisième position, derrière Amadou Toumani Touré (28,7 %) et Soumaïla Cissé (21,3 %). Alors que seules quelque 4 000 voix le séparent de Soumaïla Cissé, il conteste les résultats tout en apportant son soutien à Amadou Toumani Touré (ATT), qui est élu lors du second tour.
Lors des élections présidentielles de 2007, IBK se présente encore et est placé deuxième derrière ATT avec 19,2 % des voix mais conteste encore les résultats.
Le 21 mars 2012, son éternel rival, le président Amadou Toumani Touré est renversé suite à une mutinerie de soldats ayant éclaté me même jour alors que le nord du Mali est en proie à une insurrection armée menée par le Mouvement national pour la libération de l'Azawad et des organisations armées djihadistes. La constitution est alors suspendue et un Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDR) présidé par le capitaine Amadou Haya Sanogo est mis en place13. Et le 08 avril, ATT démission officiellement. Une transition d’une durée d’un an commence avec comme président et premier ministre respectivement Dioncounda Traoré le président de l’assemblée nationale et Modibo Diarra.
À l’initiative de la communauté internationale, une élection présidentielle est prévue le 28 juillet 2013, alors qu’elle était prévue initialement prévu en 2012.
Face à plus de vingt candidats lors du premier tour, IBK est élu président au second tour face à Soumaila Cissé. Il sera réélu en 2018 pour un second mandat de cinq ans à l’issue d’un second tour avec « encore » Soumaila Cissé. Après la cérémonie de prestation de serment devant la cour suprême le 4 septembre 2018, il nomme Boubou Cissé comme premier ministre le 22 avril de la même année.
Un an après sa réélection à la tête du Mali, IBK est très critiqué. Il est reproché de ne pas s’activer pour obtenir la liberté de l’opposant Boubou Cissé, enlevé par un groupe djihadiste quelques temps après les élections législatives. À cela s’ajoute sa gestion chaotique du Covid-19.
Ainsi, le 5 et le 19 juin 2020, à l’appel de l’influent imam Mahmoud Dicko, des dizaines de milliers de Maliens se sont investis dans les rues de Bamako pour réclamer sa démission. Alors que les manifestants continuent de descendre dans les rues, IBK décide de dissoudre la Cour constitutionnelle (après également la démission de Cinq de ses membres) mais refuse de mettre fin au mandat des députés en dissolvant l’assemblée nationale ce malgré une proposition de la CDEAO.
Le 18 août 2020, Ibrahim Boubacar Keïta et son Premier ministre, Boubou Cissé, sont arrêtés par une garnison de militaires en révolte dans un contexte d'un mouvement populaire. Les deux dirigeants sont conduits par les militaires révoltés dans des véhicules blindés à Kati, où se trouve le camp militaire Soundiata Keïta, à 15 km de Bamako. Il annonce sa démission dans la nuit du mardi au mercredi 19 et annonce la dissolution du Parlement. Un comité national pour le salut du peuple est mis en place et dirigé le Colonel Assimi Goïta, qui dirige aujourd’hui le pays.
Une après-mise en retraite très difficile
Depuis qu’il avait quitté ses fonctions, IBK ne paraissait plus guère en public. Son état de santé s’était brutalement dégradé quelques semaines après le coup d’État. Il avait été victime d’un AVC et avait dû être hospitalisé dans une clinique de Bamako, avant que le Comité national pour le salut du peuple (CNSP), mis en place par les putschistes, ne l’autorise à aller se faire soigner à Abu Dhabi, aux Émirats arabes unis. Il était ensuite rentré au Mali, ainsi qu’il en avait pris l’engagement, et vivait depuis en retrait de la vie publique aux côtés de son épouse, Aminata – ses deux fils, Bouba et Karim ayant choisi l’exil en Côte d’Ivoire. Ce 16 janvier 2022, la famille d’Ibrahim Boubacar Keïta annonce son décès.
Agé de 76 ans, IBK fut le deuxième président démocratiquement élu après Alpha Omar Konaré.
Paix à son âme !
(Avec Wikipédia et Jeune Afrique)
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