OMAR BLONDIN DIOP (1946-1973), Une voix qui empêchait Senghor de "déclamer ses vers"



11 Mai 1973- 11 Mai 2022 : Quarante-neuf ans jour pour jour que Omar Blondin Diop, jeune  intellectuel, philosophe, révolutionnaire est parti à jamais, dans des conditions très suspectes. Arrêté au mali pour, disent-elles (les autorités) « atteinte à la sureté de l’Etat », il fut condamné en mars 1972 à trois ans de prison de réclusion, avant d’être déclaré mort dans la nuit du 10 au 11 Mai 1973 dans des circonstances jamais élucidées. Brillant intellectuel avec une pensée libre, le destin de ce jeune normalien sera vite brisé par le régime francophile du président de la République d’alors, Léopold Sédar Senghor.

Ce premier sénégalais admis et diplômé de la Normale supérieure de Saint-Cloud devient très tôt un acteur déterminant dans la lutte pour « un Sénégal plus indépendant et tourné vers l’Afrique » au moment où le président Senghor se battait pour un « Sénégal indépendant mais plus tourné vers l’occident ». Il participa de manière active dans la vie politique du continent en parcourant plusieurs pays pour promouvoir ses idées et idéaux révolutionnaires et panafricains. Et ce, depuis Paris.   

« Ce martyr de l’ère Senghor » selon plusieurs voix, fut rendu hommage par de nombreux intellectuels, activistes, artistes…. Dans la chanson  « Afrik », Seydi Insa Wade rend hommage à ce digne fils de l’Afrique. Chanson qui sera censurée dès sa sortie en 1978 par « les bandes » de Senghor.  Dans un entretien accordé à Jeune Afrique, son frère Diallo Diop qualifie de « mensonge d’Etat » la thèse selon laquelle Omar Blondin Diop s’est suicidé dans sa cellule. Et à la question du journaliste Mehdi Ba, de savoir pourquoi avoir attendu le quarantième anniversaire de la mort de son frère pour lui rendre cet hommage, il répond : « la Charte du Manding, qui date du XIIIe siècle, affirme que « les mensonges qui ont vécu quarante ans doivent être considérés comme des vérités ». Pour lui, Omar Blondin Diop a succombé aux tortures que lui auraient infligées les hommes du ministre sénégalais de l’intérieur de l’époque,  le français Jean Collin.

Selon Florin Bobin, chercheur indépendant en histoire, exerçant sur les luttes politiques postindépendance, notamment sur la trajectoire militante d’Omar Blondin Diop (1946-1973), «  de lourd soupçons » pèsent sur la version officielle donnée par le gouvernement d’alors, celle du suicide. Il estime que l’heure est venue de « sortir l’affaire d’Omar Blondin Diop du déni où elle sommeille depuis trop longtemps. Il est temps que la vérité triomphe » poursuit-il.  

Quant à l’ancien ministre d’Etat Amath Dansokho, il affirme : «  c’est tellement clair comme de l’eau de roche dans ma tête que Omar Blondin Diop a été assassiné. Il a été tué parce que les autorités de l’époque étaient convaincus que par son intelligence, il pouvait faire partir ce système ».

La mort d’un révolutionnaire de cette envergure n’impacterait que positivement le gouvernement, d’autant plus qu’il constituait une épine pour la politique du poète président Léopold Sédar Senghor. 11 Mai, une date et une personne gravées à jamais dans le cœur des africains en général et des sénégalais en particulier. 

Ainsi, près d'un demi-siècle après son "assassinat", Omar B. Diop constitue un véritable héros national. 

11 MAY, OMAR BLONDIN DIOP


Ce texte a été publié en Mai 2021. Il s'agit d'une mise à jour. 

Bonne Lecture 

 

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